Politiques et médias : petits arrangements entre amis ?
Dernière diffusion le 17 septembre 2006

Invités : François Bayrou, Airy Routier, Raphaëlle Bacqué

 

 Le "J'accuse" de François Bayrou

 

Coup de tonnerre sur TF1, le 2 septembre 2006. Interviewé par Claire Chazal en direct de l'université d'été de l'UDF, François Bayrou remet en cause l'objectivité des médias. "Il y a des puissances très importantes qui en particulier ont des intérêts dans les médias et qui poussent à ce choix tout fait : Nicolas Sarkozy d'un côté, Ségolène Royal de l'autre. D'une certaine manière, elles mettent des billes dans les deux cases." Un discours répété un peu partout ces derniers jours par le candidat à la présidentielle.

Réplique immédiate de Jean-Pierre Elkabbach : "Il est arrivé à François Bayrou d'être mieux inspiré. Même François Bayrou, qui est d'une grande intelligence, doit tourner sept fois la langue dans la bouche avant de tenir de tels propos". Pourtant, lui-même a consulté Nicolas Sarkozy pour l'aider à recruter le journaliste en charge de l'UMP pour Europe 1.

Divers événements, ces derniers mois, viennent étayer l'argumentation de François Bayrou. Dernier en date : la censure dans La Tribune d'un sondage favorable à Ségolène Royal, qui a conduit au vote d'une motion de défiance des journalistes du quotidien économique contre le directeur de la rédaction. Le propriétaire de La Tribune, Bernard Arnault, a été témoin du mariage de Nicolas et Cécilia. Au mois de mars 2006, l'hebdomadaire Marianne avait d'ailleurs consacré un dossier de plusieurs pages aux amitiés qu'entretient Nicolas Sarkozy dans le monde des médias.

Face aux accusation de François Bayrou, les réactions des grands médias sont diverses. Sur Crise dans les médias, Eric Mainville relève notamment que sur le site de TF1 "la critique des grands groupes de presse est expédiée en deux phrases en fin d'article. Sans citer le nom de Bouygues, évidemment...". Tandis que Sébastien Fontenelle décortique un article du Monde consacré à l'affaire : "Ce papier a pour titre : '"Ségo-Sarko", complot médiatique ?' (...) A mon avis, quand un journaleux se demande à lui-même s'il ourdit un complot contre la démocratie, y a quand même de très fortes chances pour qu'il se réponde que non, pas du tout.(...) D'abord, ils arrivent à faire dire à Bayrou ce que Bayrou n'a jamais dit. Jamais, en effet, le patron de l'UDF n'a parlé, d'une façon ou d'une autre, de 'complot médiatique'."

Quant au Figaro, sur ce sujet, il rappelle, en bas de page, qu'il est la propriété du groupe Dassault. "Une mention qui serait utile en bas de chaque article traitant d'un sujet politique ou industriel", estime Henri Védas. Invité sur RTL, François Bayrou aurait raconté à Jean-Michel Aphatie qu'après une interview sur LCI, il était tombé "sur Patrick Le Lay et Etienne Mougeotte qui l'attendaient (...) Les murs ont tremblé pendant une heure et demie".

Et Ségolène Royal, dans tout ça ? "Rien n'indique en revanche que Ségolène Royal ait des amitiés particulières avec les dirigeants des trois groupes industriels dénoncés par Bayrou (Bouygues, Dassault et Lagardère). Dans son cas, on peut peut-être accuser les médias de suivisme, si l'on considère qu'ils lui accordent trop de place, mais pas vraiment de collusion", estime Serge Torres, sur le blog médias.

L'équité sur les antennes télévisuelles et radiophoniques est en théorie assurée par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA), auquel François Bayrou a déjà eu à faire lorsque, suite au vote d'une motion de censure contre le gouvernement par une partie des députés UDF, le CSA avait choisi de décompter leur temps de parole dans celui de l'opposition, avant de se rétracter.

Une équité remise en cause par Cratyle sur le blog médias : "La manière dont le CSA fait les décomptes favorise systématiquement le PS et l'UMP. Première raison : le gouvernement dispose d'un tiers du temps de parole, l'opposition d'un tiers, la majorité d'un tiers ; donc l'UMP possède les deux tiers du temps de parole (pour 20 % de l'électorat à peine) et le PS quasi un tiers, une petite partie étant distraite pour ses alliés".

"En 2002, François Bayrou giflait un mioche. En 2007, il veut boxer chez les poids lourds. C'est vachement couillu", estime Eric Mainville. "Cette stratégie sera-t-elle payante ?"